29 juin 2009

Je suis l'as de trêfle qui pique ton coeur, Caroline

Non mais tu ne comprends pas quand je te parle! Ce n'est pas Caroline mais Coraline! CO RA LI NE! C'est pas compliqué! Hum moi qui voulais parler de notre petit Claude national... Mais bon puisque tu es là et que tu y tiens, on va parler de toi ma petite Coraline.


Coraline, film d'animation fraîchement sorti le 10 juin dans nos salles obscures, est adapté d'un conte écrit par Neil Gaiman en 2002. L'adaptation de l'œuvre est assurée par Henry Selick connus pour nous avoir apporté le petit bijou qu'est L'Etrange Noël de Monsieur Jack (pour les puristes: The Nightmare Before Christmas). Cet article contient des spoils.

Coraline___04Coraline Jones, jeune adolescente arrive avec ses parents dans leur nouvelle demeure. Cette bâtisse aussi étrange que grande est en fait une maison morcelée en plusieurs logements qui semblent être habités par des énergumènes plutôt discrets. Coraline ne tarde pas à s'ennuyer dans ce grand espace si froid, surtout que ses parents n'ont guère de temps à lui consacrer. Ainsi elle décide de partir en exploratrice dans cet environnement où beaucoup de choses semblent étonnantes. Lors de ses recherches, elle découvre une petite porte condamnée qui semble refermer mille merveilles. Cependant la porte donne sur un mur... La jeune fille, la nuit tombée, réveillée par des petites souris, se met à les pourchasser, perdant leur traces lorsqu'elles s'enfuient derrière la porte. C'est alors que la magie s'opère car la porte ne donne plus sur un mur mais sur un nouveau monde; un monde identique au sien mais tellement meilleur! En effet ici tout est beau, coloré, apaisant, ses autres parents sont attentifs et possèdent mille vertus que ses vrais parents n'ont pas. Les voisins d'habitude si distants, ici, sont là pour partager leurs passions et leurs différences uniquement dans le but de réjouir Coraline. La jeune fille, appréciant de plus en plus ce monde si proche et si différent du sien, commence à être tentée d'y élire définitivement domicile. Cependant les rêves ne durent pas, et la jeune fille va rapidement déchanter en comprenant ce que cache réellement ce monde d'apparence si séduisante, et au lieu de jouir de sa nouvelle vie, elle devra rassembler tout son courage et toute sa détermination pour se sauver d'une fin qui picote les yeux.

Henry Selick nous avait gratifié d'un chef d'oeuvre au milieu des années 90. Beaucoup d'ailleurs, à tort, attribuent la réalisation de ce film à Burton alors qu'il n'en était que le producteur, scénariste et directeur artistique (hum donc pas mal impliqué au final dans le film). Cette fois-ci Burton n'est plus derrière, Selick arrive t'il alors à nous enchanter comme il l'avait fait auparavant, ou est-ce que Burton n'était pas tout à fait étranger à ce succès.

Autant être direct, l'image est sublime. Coraline___05J'apprécie tout particulièrement la direction artistique et photographique de ce long métrage, et bien que le design ait un arrière goût de déjà vu (sorte de mix entre les Indestructibles, un style gothique et surtout une influence de Cruella pour la vraie apparence de l'autre mère) j'apprécie bien le rendu final tiré du chara design de Uesugi Tadahiro (son site: http://www10.big.or.jp/~tuesugi/). La musique et l'ambiance sonore générale du film sont plutôt bonnes, même si on ne se précipitera pas chez son disquaire préféré après être sorti du film afin d'aller acheter la bande originale.

Le film serait donc techniquement un sans faute? Malheureusement non, loin de là même. Car il y a quelque chose qui vient vraiment gâcher tout ses points positifs. En effet la qualité de l'animation est telle qu'elle arrive même a stopper l'immersion et gêne le récit. Autant il y a une quinzaine d'année ça ne choquait pas sur l'Etrange Noël de Monsieur Jack, là dès la première minute de film on est choqué par l'aspect saccadé de toute l'animation (le pire étant l'animation de l'articulation de la bouche des personnages lorsqu'ils parlent). Personnellement je n'ai rien contre le stop motion, surtout quand il est bien réalisé, mais pour ce film il est à mon avis raté, ou du moins bien trop saccadé par rapport à ce que la direction artistique laisse supposer et surtout ce qu'on est en droit d'attendre de nos jours dans ce domaine.

Bon après tout un film d'animation ne doit pas se juger uniquement sur la qualité d'animation... Après tout dans film d'animation il y a film, et donc une histoire, une réflexion, une mise en scène, etc... Coraline___03Malheureusement aussi sur ce point on arrive pas vraiment à voir ou veut aller Selick. Déjà à qui s'adresse ce film? Si je me tient à ce que j'avais lu dans la presse avant d'aller voir le film, ça serait un film pour enfants. Alors personnellement si j'avais des enfants je ne les emmènerai pas voir ce film. Pas qu'il contienne des scènes de violences ou tout autres parties susceptibles de choquer un enfant, mais c'est encore la direction artistique et certaines scènes bizarres qui me font penser que le film a été pensé et fait pour être bien plus savouré par des adultes que par des enfants. Le problème c'est que je trouve que le film manque de substance et de profondeur pour être apprécié aussi dans cette direction. La plus part des personnages sont ultra simplistes (sauf peut-être l'autre père qui montre une personnalités un peu plus travaillée) et peu fouillés surtout à cause d'une focalisation de la narration sur Coraline qui reste pourtant un personnage très simple dans son approche (mes parents c'est des cons, c'est mieux dans l'autre monde, oh mais non en fait c'est pas mieux, mes parents c'est les meilleurs... mouef). Ainsi, selon moi, ni appréciable réellement par des enfants ou par des adultes, on a l'impression qu'à ne pas avoir choisi réellement, Selick perd tout le monde en route et ce n'est ni le scénario ni la mise en scène qui rattrapent le tout.

Le scénario est ultra basique, pour être lapidaire je dirai que c'est Alice au pays des merveilles chez les gothiques. Comme dit précédemment, les personnages sont bien trop simples dans leur élaboration pour apporter quelque chose de réellement intéressant. Coraline___06Selick aurait pu par exemple s'attarder sur le personnage de la fausse mère, détailler comment elle se nourrit des enfants qu'elle condamne dans son monde, ou par exemple l'humaniser en lui ajoutant des phases de doutes. La mise en scène quant à elle est molle au point de presque faire sombrer le spectateur dans certaines phases d'ennui. Le film pouvant se résumer à des allers retours de Coraline entre le monde réel et l'autre monde basé sur le schéma suivant: Lui il n'est pas bien dans le monde réel (remplacer lui par sa mère, son père, le chat, padbol, etc...) Oh je vais me coucher... Attendons les souris pour aller dans l'autre monde. Lui il est mieux dans l'autre monde. Ainsi de suite sans quasiment aucune évolution de Coraline (hormis son dernier aller retour ou elle découvrira devant le fait accompli ce que cache vraiment ce monde idyllique). Ce parti pris est à mon avis une erreur sur un long métrage car il plonge le spectateur dans une certaine lassitude. Fort heureusement les quinze dernières minutes sont plus dynamique et sauvent un peu le tout.

C'est d'autant plus dommage qu'on voit quelques thèmes esquissés qui auraient pu être intéressants de creuser un peu plus. En effet le film parle tout de même de la vie, de la mort, de la solitude et de l'angoisse. C'est d'ailleurs ce dernièr thème qui est le mieux traité car il est celui qui englobe tous les sentiments du film. Coraline___01L'angoisse de la solitude (Coraline seule dans ce monde où les personnes qui l'entourent ne prêtent pas attention à elle, seule face à Padbol qui ne lui parle pas dans l'autre monde), mais aussi l'angoisse du vide (l'autre monde qui est petit, et qui lors de la scène finale se replie sur lui même donnant un sentiment de quasi asphyxie). Cette angoisse est renforcée par la direction artistique ainsi que par l'ambiance sonore qui des fois vient même à être inexistante renforçant un peu plus cette notion de vide. La notion de vie, de mort et de renaissance est aussi un peu traitée, on peut par exemple supposer que le tunnel entre les portes des deux mondes peut être considéré comme la voie utérine par lequel l'enfant arrive à la naissance. La première entrée de Coraline est d'ailleurs mis en scène comme une naissance, car elle arrive dans ce monde parallèle avec comme pour première vision sa mère. Cependant tous ces thèmes sont abordés de façon bien trop légère pour qu'on s'y attarde plus que ça. Encore une fois pour moi Selick n'est pas allé au bout de ce qu'il voulait nous donner.

Vous me trouverez certainement un peu dur avec cette œuvre. Coraline___02Mais je me devais de faire ma critique en écho à ce que j'ai pu lire dans la presse qui est à la limite de la vénération pour ce film d'animation qui n'est pas mauvais mais tout juste moyen. D'une sublime direction artistique, il est gâché par une technique d'animation à la limite du médiocre et d'une consistance digne d'un "Winnie et son pot de miel magique" (pas de fausse idées j'aime bien Winnie l'ourson en fait) avec un visuel à la Beetle Juice. Des thèmes forts sont présents, mais traités bien trop superficiellement pour qu'on y voit un réel intérêt. Tout ce décalage tend vers une grande incohérence dont la mise en scène ne relève pas grand chose, le tout finissant par une morale à la limite de l'écœurant tellement elle est glucose.

Posté par Mackie à 11:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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